Ubuntu est-elle une distribution commerciale? Et si oui pourquoi le taire?

UbuncashExcellent accélérateur de migration Windows vers GN/Linux, Framasoft soutient et promeut depuis le début la distribution grand public Ubuntu. Et ce ne sont ni les annotations de Richard Stallman ni la récente « affaire Amazon » (fort bien explicitée par Christophe Sauthier) qui nous feront changer d’avis.

Mais cela ne nous empêche pas dans ces colonnes de traduire de temps en temps des articles parfois critiques à son égard, au risque de déclencher des ires dans les commentaires 😉

Ici le journaliste Sam Varghese reproche à Mark Shuttleworth de ne pas avoir clairement affirmé, et ce dès l’origine, le caractère commercial d’Ubuntu intimement liée à sa société Canonical. C’est ce qui explique pour lui que cette histoire avec Amazon a été si mal prise pour la communauté.

Et de citer alors en exemple la société Red Hat qui lui semble plus claire dans ses objectifs (de profits). D’ailleurs cette dernière propose deux distributions plutôt qu’une : la « commerciale » Red Hat Enterprise Linux et la « communautaire » Fedora.

Il est d’ailleurs possible que cette éventuelle confusion soit encore plus forte dans des pays comme la France où la communauté Ubuntu est très dynamique.

Il est vrai qu’une fois qu’on découvre GNU/Linux (souvent avec Ubuntu), on s’aperçoit qu’il existe bien des différences entre les distributions. Le très pratique mais pas très libre Linux Mint n’est pas la même que la moins pratique mais très libre Trisquel. La gouvernance et finalité d’une Debian diffèrent sensiblement de celle d’Ubuntu qui s’en est inspirée à la base.

C’est toute la richesse et diversité du logiciel libre et c’est très bien ainsi, non?

La grande erreur de Mark Shuttleworth

Mark Shuttleworth’s big mistake

Sam Varghese – 26 octobre 2012 – ITWire.com
(Traduction : peupleLa, Bob Young, KoS, Yuston, Gatitac, HgO, greygjhart)

La semaine dernière a marqué le huitième anniversaire de l’apparition d’Ubuntu sur la scène GNU/Linux. Depuis octobre 2004, de nouvelles versions de cette distribution sont sorties tous les six mois : le buzz initial a été très fort avant de s’estomper peu à peu.

Il est remarquable qu’au fil des ans, chaque fois que Mark Shuttleworth, l’homme qui possède Canonical, la compagnie qui est derrière Ubuntu, introduit une nouvelle fonctionnalité destinée à générer des revenus, des cris et des pleurs se font entendre. Alors, les gens d’Ubuntu essaient de s’expliquer et pour finir, on trouve un semi-compromis qui ne satisfait personne.

La dernière de ces fonctionnalités, dans la version 12.10, fut l’ajout des résultats de recherche d’Amazon aux résultats de recherche habituels. Ce qui signifie un peu d’argent venant d’Amazon pour Canonical (à chaque fois qu’un utilisateur d’Ubuntu achète un produit Amazon à partir de la recherche). Le compromis a été d’en faire une fonctionnalité optionnelle.

De telles situations se sont déjà produites par le passé, et se reproduiront encore à l’avenir. Il y a selon moi une raison simple à cela : Mark Shuttleworth n’a pas réussi à formuler une vision claire du projet Ubuntu à ses débuts. Grave erreur.

Lorsqu’Ubuntu est sortie pour la première fois, il y a eu beaucoup de discussions à propos de la signification de la formule : l’humanité en partage (NdT : humanity to others). Il y avait un tas de fonctionnalités cools, qui mettaient l’accent sur l’implication de la « communauté ». Des cédéroms étaient livrés gratuitement aux gens. On aurait dit une œuvre de bienfaisance du logiciel libre gonflée aux stéroïdes. Ou à l’EPO, à la Lance Armstrong (en français dans le texte) si vous préférez.

Mais il n’y a jamais eu de discussions à propos du fait qu’Ubuntu est une distribution commerciale ; elle a besoin de générer du profit pour exister. Shuttleworth a les poches profondes mais elles ne sont pas sans fond. Le logiciel a beau être gratuit, il faut néanmoins que les comptes atteignent un jour l’équilibre.

À l’opposé, lorsque Red Hat, de loin l’entreprise générant le plus de profits grâce à GNU/Linux, est née, en 1994, tout le monde savait que son but était de générer de l’argent grâce au système d’exploitation libre. Il n’y avait pas d’illusions. C’est pourquoi en 1997, lorsque j’ai pour la première fois entendu parler de GNU/Linux, la communauté du logiciel libre surnommait déjà Red Hat la « Microsoft » des distributions Linux !

Mais au fil des ans, Red Hat a acquis beaucoup de karma positif auprès de la communauté. Elle contribue largement au progrès de Linux en recrutant une bonne partie des développeurs contibuant au noyau. Elle finance des activités périphériques pour participer à la croissance de l’écosystème des logiciels libres.

Personne n’a dit le moindre mal d’Ubuntu à ses débuts. Mais à certains moments en cours de route, quand il s’agissait d’incorporer des fonctionnalités en vue de générer des revenus, les utilisateurs se sont dressés en masse. On ne peut pas leur en vouloir; ils avaient été amenés à croire que la communauté était primordiale et ils ont réagi.

Après quelques-unes de ces confrontations, Shuttleworth a levé le pied et poursuivi sur le chemin qu’il avait choisi. Il ne pouvait pas vraiment faire autrement, après les critiques d’abords douces puis amères soulevées par ses tentatives progressives d’introduire des fonctionnalités commerciales.

Les membres de la communauté n’ont rien contre ceux qui gagnent de l’argent grâce à des logiciels libres. Patrick Volkerding, créateur et mainteneur principal de la distribution Slackware, est considéré par beaucoup comme un héros pour avoir toujours fourni à ses utilisateurs la distribution qu’ils voulaient. En retour, ces utilisateurs achètent tout ce qu’il produit pour qu’il gagne de l’argent et continue son travail. Et sa distribution est demeurée bénéficiaire la majeure partie de son existence.

Mais Shuttleworth a plus ou moins creusé sa propre tombe. Il aurait dû être clair quant au chemin qu’il allait prendre, clair à propos de son but, et faire attention à ce que son plan soit transparent. Une société basée sur GNU/Linux doit tracer son chemin différemment d’une société ordinaire ; peut être que Shuttleworth n’en avait pas conscience.

Quelle qu’en soit la raison, son manque de communication a abouti à ce qui s’est produit avec les résultats de recherche Amazon et ce qui s’en suivra. C’était la grosse erreur de Mark Shuttleworth.

Consultez la source | Article initialement publié sur Framablog
sous licence Creative Commons By-Sa | Auteur : aKa |

2 commentaires

  1. Bravo à Mark Shuttleworth pour rendre disponible l’excellente distro Ubuntu.
    Bravo à Mark Shuttleworth qui génère des profits avec Cannonical.
    Bravo pour Framasoft pour leur soutien et promotion d’Ubuntu.
    Bravo au Site du Zéro pour leur excellent didiacticiel sur l’installation d’une distro linux.
    Bravos à Michel Chassey dont les 3 ordis tournent en 12.04.

    Huées à Sam Varghese pour essayer de nous embarquer dans une polémique sans importance, et n’avoir pas compris le sens des mots qu’il écrit. Il a écrit ( pas moi ) le mot « Cannonical » et « le caractère commercial d’Ubuntu ». Le premier mot a un caractère commercial mais le deuxième est une contribution gratuite au mouvement du logiciel libre.

    Que les gens n’aiment pas la recherche chez Amazon dans Ubuntu, n’a vraiment pas grande importance. Il en demeure pas moins qu’Ubuntu est la plus conviviale des distros, en plus elle est gratuite.
    Ceux qui méprisent les nouveaux linuxiens auront droit à mes huées.
    À ceux qui contribuent au mouvement du logiciel libre Bravos.
    Michel Chassey

  2. Pour moi c’est vraiment commerciale, lorsqu’on se sert des usagers pour se faire de l’argent, c’est un commerce et il y as pas d’autres mots pour désigner ceci!

    Au départ Canonical semblait vouloir forcer cet ajout d’amazone mais vu la très grande polémique que ça créé, ils sont intervenu en disant qu’on pourras le déactiver finalement… J’ai pas de problème qu’une compagnie fasse de l’argent avec le libre mais ça doit être clairement indiqué (comme avec RedHat par exemple, c’est clair) et lorsqu’on le fait de façon hypocrite, ça me dérange!

    Je penses comme Richard Stallman l’as dis, cet ajout d’amazone dans le résultat des recherches est un spyware étant installé a l’insu des usagers et on ne demande pas la permission. Si lors de l’installation il serait apparu un message nous demandant d’activer cette fonction pour les aider et que par défaut elle est désactivée, j’aurais rien dis mais là c’est fait dans le dos des usagers!!!

    Que dire aussi de la très grosse gourmandise de Canonical dans la saga Banshee??? Ce genre de gourmandise est très commerciale et très loin d’être communautaire. Ils se sont mis pas mal de monde a dos avec ça!!!

    Et Canonical se lance dans le code fermé ce qui est très étrange pour un logiciel se prétendant communautaire! On sauras donc pas si comme Micro$oft et Apple adorent le faire, Canonical feras pas de l’argent avec un spyware caché dans le code collectant nos données pour les revendre ou du moins en vendre les statistiques! Certain les défende disant qu’ils vont finir par dévoilé le code, mais on auras jamais de preuve qu’on le verras tel qu’il était. Avec le temps Canonical ressemble de plus en plus a Microsoft et Apple!!!

    Un peu de lecture:

    http://www.fsf.org/blogs/rms/ubuntu-spyware-what-to-do

    http://www.developpez.com/actu/48806/Des-fonctions-d-Ubuntu-13-04-seront-developpees-a-huis-clos-vers-une-fermeture-de-l-OS/

    http://www.zdnet.com/blog/open-source/banshee-vs-ubuntu-linux-on-revenue-sharing/8296

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