L’incroyable Internet bricolé d’Afghanistan

FabFi est un projet ambitieux qui met en place un réseau internet dans l’Est de l’Afganistan à base de composants souvent recyclés. C’est rustique, c’est simple… et ça fonctionne.

La ville afghane de Jalalabad (province de Nangarhar) est dotée d’un internet haut débit dont la plupart des composants proviennent de récupération locale. Les travailleurs humanitaires, principalement originaires des États-Unis, se servent de cette ville provinciale comme d’une ville pilote pour le projet nommé FabFi.

C’est un réseau haut débit différent du très secret « internet dans une valise » ou des réseaux internet furtifs sponsorisés par les USA dans le but d’aider les dissidents, mais son but est similaire : apporter un internet haut débit dans les endroits les plus reculés de la planète.

Les résidents peuvent construire un nœud FabFi pour à peu près 60$ (environ 50€ ou 100DT) avec des objets tels que des cartes, des câbles, des tubes de plastique et des canettes d’aluminium qui vont ainsi servir à toute la communauté. Même si cela peut ressembler à de la science-fiction, FabFi est en mesure d’implanter des ramifications dans le monde entier, dans des régions du monde n’ayant pas de réseau haut débit conventionnel.

FabFi est un projet open source qui garde des liens très forts avec le Fab Lab et le Center for Bits and Atoms du MIT. Pour l’instant, les produits FabFi sont déployés à Jalalabad ainsi que dans trois sites au Kenya qui, ensemble, forment un fournisseur d’accès à internet appelé JoinAfrica. En Afghanistan, le réseau FabFi est utilisé pour aider les entreprises locales et soutenir les infrastructures communautaires telles que les cliniques et les hopitaux.

FabFi est principalement financé par les économies personnelles des membres du groupe ainsi que par une bourse de la National Science Foundation.

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Les technologies utilisées pour créer les réseaux FabFi ressemblent beaucoup à un épisode de Mac Gyver. Des routeurs wifi commerciaux sont installés sur des réflecteurs de radio fréquence disposés sur des toits – faits à la main et recouverts d’un maillage métallique. Un autre routeur sur réflecteur ainsi assemblé est installé à quelque distance ; les deux routeurs créent alors un réseau ad-hoc fournissant un accés à internet à l’ensemble des réflecteurs. Le nombre de réflecteurs pouvant être intégré au réseau est théoriquement infini, le réseau FabFi couvre aujourd’hui l’essentiel de jalalabad.

Capteur

 

Les réflecteurs peuvent être faits à partir de bois, métaux, plastiques, pierre, argile ou tout autre matériau disponible sur place et sur lequel on peut fixer des mailles métalliques. FabFi a également conçu ses appareils pour qu’ils puissent fonctionner grâce à une batterie de voiture, ce qui signifie que les réseaux peuvent être mis « hors-ligne » et se passer d’alimentation électrique en cas de besoin.

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L’Afghanistan est également au centre de l’attention du Projet OLPC (One Laptop Per Child) qui travaille actuellement à Jalalabad, à Kabul, à Herat et à Kandahar. Samuel Klein de l’OLPC, remarquant que les habitants étaient confrontés à Wikipédia pour la première fois, a réalisé cette superbe photo d’une famille Afghane regardant Wikipédia sur des portables OLPC (ci dessus). Wikipédia dispose désormais d’une bonne version en langue Pashtoune.

Pour le directeur du Jalalabad FabFi project, Amy Sun, l’accès à Internet n’est qu’une pièce du puzzle pour l’Afghanistan:

Fab Lab/Fi ne résout pas tout. C’est juste un premier pas, le reste doit continuer à se développer en parallèle : des infrastructures comme les routes, l’électricité, l’eau, les écoles, le système scolaire, de même que l’entretien du système de maintenance et des terminaux des utilisateurs (ordinateurs et portables), les dits utilisateurs et le contenu qu’ils intègrent. C’est dingue de penser qu’il n’y avait pas de service de téléphonie mobile dans le pays en 2002 et que désormais, cela fonctionne correctement dans la plupart des villes (au moins lorsque l’émetteur n’est pas désactivé ou bombardé).

Peu importe qu’elle soit officiellement américaine ou pas, la tâche à accomplir a été de mettre en place ce projet qui, partant de rien, permettra au final de desservir 30 millions de personnes d’ici quelques années. Imaginez, à titre de comparaison, coloniser Mars et commencer par y envoyer 30 millions de personnes avant d’y installer la moindre infrastructure.

L’important, c’est que selon un modèle évolutif et peu coûteux, FabFi a permis l’accès à Internet à une des régions du monde que la guerre a le plus meurtries. Les réseaux comme ceux créés par FabFi sont indépendants donc non soumis au contrôle des gouvernements, et peuvent être déployés par n’importe qui, n’importe où, là où les infrastructures locales ne permettent pas un réseau conventionnel. Ce qui marche en Afghanistan peut marcher partout ailleurs.


[Article initialement publié sur fhimt sous licence Creative Commons | Auteur : Neal Ungerleider | Source: Fast Company | Illustrations : FabLab]


3 Comments

  1. Gilles Thouin

    Ça prendrait une formation technique sur « Comment monter un tel réseau » Je serais prêt à investir $$$, temps et énergies pour construire un tel réseau à Frelighsburg , QC.

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